La LegalTech belge : état des lieux

Par Stanislas van Wassenhove, Avocat honoraire et fondateur de Reshape.legal

 

  1. Définition

La LegalTech représente les technologies digitales et les services en ligne qui favorisent l’accès au droit (recherches juridiques, modèles interactifs, référencement d’avocats) et l’automatisation de processus (règlement de conflits, rédaction de contrats, tenue de la documentation des sociétés, gestion des processus de gestion de cabinets). Ces outils peuvent être augmentés par l’intelligence artificielle qui ajoute, grâce aux algorithmes, des automatisations dans les processus de recherche.

Les Legaltechs agissent parfois comme concurrents des avocats mais la plupart du temps comme partenaires tant des avocats que des directions juridiques. Ces LegalTech challengent les acteurs traditionnels du marché? du droit et en me?me temps participent a? la transformation du secteur.

 

  1. Une centaine de LegalTech en Belgique

Lors du dernier recensement effectué par le Guide Belge de la Legaltech  publié chez Larcier (fin 2020), la Belgique comptait une centaine de LegalTech dont la plupart sont récentes (après 2017). Parmi, ces Legaltechs, plusieurs ont été développées par les éditeurs juridiques comme. Easydrating par Larcier ou TeamDocs par Wolters Kluwer.  D’autres ont été développées par des avocats ou d’anciens avocats comme Aeco (Thomas Aertgeerts), Canyon (Adrien van den Branden), ClauseBase (Maarten Truyens), Intolaw (Piet Goeghebuer), Lawgitech (Jeoffrey Vigneron), Unpaid (Jeroen Deman),  Lawrenza (Jacquelin d’Oultremont), Lawbox (Frédéric Dechamps), uLaw (Xavier Gillot),  KLEA(Anthony Verhaegen). Souvent ils se sont associés avec un partenaire IT ou ayant une formation managériale. Le marché belge bien qu’en plein essor est compliqué. Il est petit et multilingue. Pour réussir, une LegalTech doit sortir des frontières.

 

  1. Un coaching de la LT et une remise de prix

Pour permettre à ce secteur en développement de mieux répondre aux besoins des utilisateurs, Reshape.Legal a initié en 2019 un programme d’accompagnement  (Connect) soutenu par quelques grands acteurs de la Finance et du Droit. En novembre 2021, Connect a récompensé 4 projets Tech : Afriwise (banque de données du droit africain), Henchman (processus d’automatisation de clauses intégré dans Microsoft-Word), Klea (plateforme de services juridiques pour des sociétés internationales) et Lawgitech (qui développe des outils de Legal Design). Quinze acteurs Techs ont participé à ce concours dont les prix ont été remis lors de la 3ème édition du Legal & Tech Summit.

Depuis 3 ans Reshape.legal organise cette rencontre annuelle – Legal&Tech Summit- avec tous les acteurs du Droit et de la Tech – et le soutien des grandes organisations juridiques – pour réfléchir aux enjeux de la transformation digitale des professions du droit et de la justice.

 

  1. La LegalTech au cours des 12 derniers mois

On peut citer quelques levées de fonds (ouverture du capital à des investisseurs) remarquables :

Accountable (qui automatise la comptabilité, notamment de l’avocat indépendant) : 5,7 Mi EUR.

Pax Familia (plateforme de planification patrimoniale et familiale) qui a levé 1 Mi EUR pour s’internationaliser.

Aeco (dont l’ambition est d’automatiser les processus fiscaux) et qui vient de lancer une plateforme –  iStart – de création de société en ligne) : 0,7 Mi EUR.

Legacio (dont l’ambition est d’automatiser la procédure de déclaration de succession et de rédaction de testament) : 0,35 MI EUR.

On peut citer aussi pour leur dimension internationale :

  • ClauseBase ( gestion automatisée des contrats) 3ème finaliste au Techshow de l’ABA en 2021
  • Canyon (plateforme de gestion pour les directions juridiques) qui est repris dans la carte 2021 des LT en France et qui vient d’être rachetée par Yousign (signature électronique).

Un nouveau venu :

  • Henchman (dont l’ambition est d’automatiser les clauses et faciliter la rédaction des conventions, système intégré dans MS Word)

 

  1. Comment choisir les solutions les plus adéquates ?

La transformation digitale de votre organisation passe par 3 étapes : la bonne infrastructure (informatisation), la numérisation des données (le scan du papier la priorité donnée au numérique) et ensuite l’automatisation des processus.

De plus en plus,  le Cloud devient le lieu de stockage sécurisé pour les données digitales. Donc le choix du nouvel outil sera souvent conditionné à une solution de sauvegarde des données dans le Cloud.

Les solutions installées sur des serveurs locaux, avec des mises à jour nécessitant des opérations manuelles et des jours de formation pour la prise en charge nous semblent dépassées, car aujourd’hui, la plupart des solutions innovantes sont disponible en SAAS (software as a service). Ce n’est plus une vente d’une licence de logiciel mais un service payé par nombre d’utilisateurs et souvent par mois.

Un élément important qui va orienter votre choix, c’est la possibilité de connecter la solution avec vos autres solutions existantes ou futures (par exemple avec votre base de données clients). Ces connexions s’effectuent avec des systèmes APIs (application programming interface).

 

  1. Les solutions pour faciliter la gestion journalière de l’avocat 

La 1ère préoccupation de l’avocat est liée à sa gestion journalière : son temps, ses échéances, ses documents, sa facturation. Des logiciels de « practice management » peuvent faciliter voire automatiser l’organisation interne. Ils existent de nombreux outils dédiés aux avocats belges (à consulter sur la Box de la Digital Academy)

Soulignons un nouvel arrivant, aux côtés de traditionnels KLEOS, BASENET, AVONCA, EFFICY, c’est CASEDOO. Cette solution est intégrée et synchronisée avec MS Office 365 et permet de gérer notamment les contacts, les dossiers, la facturation, l’agenda (49 EUR par mois et par utilisateur).

Pour les indépendants, la solution très intuitive de Accountable permet de facturer très simplement ses prestations, d’encoder les dépenses, de suivre les paiements et de faire la déclaration TVA (20 EUR/mois)

Mentionnons aussi la solution aujourd’hui la plus utilisée par les avocats qui est la suite Microsoft 365 – 10,5 EUR/mois –  avec Word, Excel, Teams (visioconférence), Power Point, OneDrive (stockage des documents sur le Cloud), Outlook(messagerie, tâches, agenda)…

 

  1. Les solutions pour améliorer l’accès à la connaissance

Les avocats ont accès à la connaissance par les bases de données externes (telles que Jura, Strada, Legidex, …) ou par les données internes du cabinet.

Pour gérer cette base de données interne (outre par exemple le stockage sur OneDrive), on peut citer : Knowliah  et Knowlex qui recherchent dans vos documents et vos emails.

 

  1. L’automatisation des contrats et des documents de société

On a déà cité Henchman et ClauseBase. Présentons les plus longuement.

Henchman permet de retrouver des clauses déjà utilisées dans vos conventions antérieures et ce au départ de MS Word.

ClauseBase (750 EUR/mois/utilisateur) c’est un système de rédaction de contrat qui se référe à vos données, à la jurisprudence et à la doctrine.

Pour la signature électronique (qui facilite la conclusion des conventions), outre ITSME et la signature électronique prévue dans la DP-A on relèvera aussi Connective, Docusign  ou Yousign ((solution française).

Pour la gestion des documents des sociétés, relevons : Corporify (199 EUR/mois/utilisateur/5 sociétés). Notons qu’en France, les solutions sont plus nombreuses (Easyquorum; Registre) Ces solutions proposent : convocation aux réunions, envoi des procès-verbaux, suivi de l’actionnariat, votes en ligne…

 

  1. Avant de se lancer, identifier ses besoins 

Il est sans doute compliqué pour l’avocat d’identifier ses besoins et de faire des choix.

Des accompagnements spécialisés existent pour les juristes (Aeco, Lawren) qui peuvent développer des outils d’automatisation ad hoc pour répondre à vos besoins propres.

Vous pouvez aussi utiliser des outils génériques « low code » comme Odoo, Airtable, Notion, MS Excel si vous avez quelques connaissances en informatique.

Enfin les régions wallonne (Chèques entreprises) et flamande (KMO portefeuilles) prévoient des subsides à la consultance pour vous faire accompagner dans la transformation. La Région bruxelloise devrait ouvrir son système de subsides aux avocats en 2022.

 

  1. Débutez la transformation cette année !

Peu d’avocats ont le courage d’examiner leurs processus de travail et de se demander comment automatiser les tâches répétitives et à faible valeur ajoutée. Qu’est-ce qui freine cette remise en question ? Le manque de temps peut-être, la peur de l’investissement sans doute, le modèle des taux horaires certainement, mais bien plus la réticence au changement car ils sont loin d’être convaincus de la valeur ajoutée. Ce que je souhaite pour cette année, c’est qu’ils commencent l’expérimentation.